Les compléments de cétones ont suscité beaucoup d’intérêt dans le sport, notamment dans le cyclisme. À l’époque de cet article, des rumeurs sur leur utilisation par des équipes professionnelles les présentaient parfois comme une recette miracle. Elles alimentaient aussi un débat sur leur place dans le sport. Les travaux cités ci-dessous permettent d’examiner leur efficacité ; ces rumeurs ne prouvent ni leur usage ni leurs bénéfices, et ne constituent pas un avis sur la réglementation actuelle.
Cétones et performance : les données scientifiques
Leur intérêt théorique repose sur leur rôle de substrat énergétique. Lors d’un exercice intense, les glucides, notamment le glycogène musculaire, contribuent fortement à la production d’énergie. Ces réserves sont limitées et leur diminution peut participer à la fatigue ou au « coup de fringale », sans être la seule cause possible. Un apport de glucides adapté à la durée et à l’intensité de l’effort est une stratégie étudiée pour soutenir la disponibilité énergétique (1). Les cétones pourraient fournir un autre carburant ; cela ne démontre pas qu’elles épargnent systématiquement le glycogène ou améliorent la performance.
Un premier résultat très médiatisé provient d’une étude publiée en 2016 dans Cell Metabolism : dans une expérience précise, un ester de cétones associé à des glucides a permis de parcourir environ 2 % de distance supplémentaire lors d’un contre-la-montre de 30 minutes après une heure de vélo (2). Les modifications du métabolisme observées ne doivent pas être généralisées à tous les produits ni à toutes les épreuves. À l’inverse, chez 10 cyclistes professionnels, un autre composé, un diester, a dégradé d’environ 2 % la performance sur un contre-la-montre de 31 km, durant environ 50 minutes, avec un inconfort digestif et un effort perçu plus élevé (3). La méta-analyse de 2020 citée ici, réunissant 13 essais randomisés, n’a pas trouvé d’amélioration moyenne significative après une prise aiguë avant ou pendant l’exercice (4). Cette synthèse porte sur les essais disponibles à cette date, et non sur l’ensemble de la recherche actuelle.
Pistes de recherche évoquées dans ces travaux
La durée et le type d’effort peuvent modifier la réponse. Une grande partie des essais de la synthèse portait sur des efforts courts, jusqu’à environ 50 minutes. Une diminution de l’utilisation des glucides pourrait être défavorable lorsque la demande glycolytique est élevée ; cela reste une explication possible, pas une preuve valable pour tous les protocoles. Les épreuves d’ultra-endurance nécessitent des recherches spécifiques. Dans un essai chez 12 hommes entraînés, des cétones prises avec 60 g de glucides par heure n’ont toutefois amélioré ni le contre-la-montre de 15 minutes après trois heures de vélo, ni le sprint final, ni l’épargne du glycogène (5).
La récupération constitue une autre piste. Des mécanismes ont été étudiés dans des tissus musculaires de rat ; ils ne suffisent pas à recommander un complément à l’être humain (6,7). Chez 12 hommes entraînés, une boisson à base d’ester de cétones a augmenté la synthèse de glycogène après l’exercice dans un protocole de laboratoire maintenant la glycémie élevée par perfusion de glucose : il ne s’agissait donc pas simplement d’un repas ou d’une boisson glucidique habituelle (8). Un autre essai, chez 18 hommes soumis à trois semaines de forte charge d’entraînement, a observé une atténuation de certains signes de surcharge et de meilleurs résultats dans certaines mesures de performance ; l’équilibre énergétique différait aussi entre les groupes (9). Ces résultats ne démontrent pas la prévention d’un syndrome clinique de surentraînement et ne justifient pas une recommandation générale.
La tolérance doit également être prise en compte. Le diester utilisé dans l’essai chez les cyclistes a provoqué un inconfort digestif associé à la baisse de performance (3). D’autres expériences ont rapporté des symptômes généralement légers et transitoires, variables selon le composé, la dose et les conditions d’ingestion (10). Il serait donc inexact d’attribuer la même tolérance à tous les sels ou à tous les esters. Ces essais courts ne suffisent pas à établir la sécurité d’un usage prolongé ou de fortes quantités.
Conclusions
Les études citées dans cet article historique ne permettent pas de présenter les cétones comme une solution miracle pour l’endurance. Leurs résultats varient selon le composé et le protocole ; certains essais ont même observé une dégradation des performances. Les pistes concernant la récupération restent distinctes d’une efficacité démontrée dans la pratique. Une éventuelle utilisation exige une évaluation adaptée au contexte et ne découle pas de ces seuls résultats.
AUTEUR
Pedro Valenzuela
Affiliation indiquée dans l’article d’origine : chercheur à l’unité de physiologie de l’Université d’Alcalá et à l’unité de contrôle de la performance du Centre de médecine du sport (AEPSAD, CAR de Madrid).
Site : www.fissac.com
Références
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